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Interview // Jenny Gutmann

Les émotions, ce qui nous rend humain!

Orpiment: Peux-tu te présenter brièvement?

Jenny Gutmann: Je m’appelle Jenny, alias Jane Weston. J’ai 33 ans, je suis originaire des cantons de l’est.
Je crée des images dans le but de raconter des histoires mêlant fiction et réalité. Ce qui me plaît dans la photographie, c’est de pouvoir faire naître d’autres univers possibles, parfois sombres, mystérieux, mélancoliques et surréalistes.
Mes photographies sont faites de rencontres, de voyages, de mises en scènes, d’expérimentations photographiques, d’effets spéciaux,…

O.: On voit bien que tu réalises des expositions multiples. Est-ce que tu les réalises directement à la prise de vue ou bien est-ce du travail de post production sous Photoshop?

J.G.: Je préfère réaliser cette technique à la prise de vue plutôt qu’en post-production car je n’ai pas l’effet de surprise, d’émerveillement que je rencontre lorsque je photographie. J’aime vivre les choses dans leur spontanéité et leur intensité, capter le moment présent et observer des résultats inattendus. Cette technique laisse place à la surprise, au mystère, à la créativité, au plaisir, à l’absence de contrôle, à un retour à mon âme d’enfant… Il y a une forme de poésie, de joie,… C’est une autre manière de voir le monde, de mener un questionnement continu sur ce je pense connaître et maitriser…

O.: Sur le site Orpiment tu parles d’ambiance, d’émotion, de sentiment. Est-ce que ce sont les tiens que tu cherches à partager?

J.G.: Non, pas nécessairement. J’ai une perception du monde qui n’est pas filtrée, c’est-à-dire, que je ressens intensément les lumières, les émotions, les humeurs, les énergies,… de personnes ou de lieux. Mes états-d’âmes sont peut-être exprimés par la technique utilisée mais ils ne constituent pas le fil rouge de mes séries photographiques. Celles-ci résultent en effet de rencontres, de voyages, d’aventures, parfois de mises en scènes. Je définis un cadre, un décor et laisse libre choix à la personne de s’exprimer. Parfois, je m’arrête sur une émotion, un regard qui me touche et demande à mon modèle de se tourner davantage vers cette voie exploratoire…

O.: Ton travail photographique semble complexe et simple à la fois. Comment expliques-tu cela?

J.G.: J’aime photographier la spontanéité, la simplicité, des choses douces et brutes de la vie, agir selon mes sentiments, sans maîtrise, sans contrôle ou recherche particulière et laisser libre court à mon inconscient, ma créativité. Généralement, je donne un ton à mes séances, puis l’imaginaire peut opérer… C’est un voyage, une rencontre avec l’autre; une expérience sensorielle libératrice de l’âme où j’observe, ressens, agis sans me préoccuper de la cohérence et des codes académiques. Toutefois, par les effets spéciaux apportés à la prise de vue, mon travail peut parfois sembler complexe… car j’aime y mêler une tension floue, mystérieuse, qui pousse le spectateur à aller au-delà de sa première perception…

O.: Pourquoi aborder ces sujets là? En quoi sont-ils fondamentaux?

J.G.: Parce que c’est ce qui constitue chaque individu et qu’on vit dans une société de plus en plus individualiste, où le paraître, les valeurs marchandes,… priment. On tend vers un monde dystopique où on laisse peu de place aux sentiments, aux émotions. C’est peut-être un combat au nom d’un retour à notre humanité qui se perd peu à peu.
Aujourd’hui, les sentiments sont un peu considérés comme une maladie à éradiquer car ça dérange, ça empêche d’être productif,… Nous sommes alors amenés à les réprimer. Pourtant, c’est ce qui nous rend « humain » ! Je pense qu’il est nécessaire de se connecter à ses émotions car c’est notre boussole intérieure.

O.: A travers tes photos, cherches-tu à raconter les histoires de tes modèles?

J.G.: Ce sont des fragments de rêve, des idées issues de films, de lectures, de musique,… qui sont mis en lumière. Ce n’est pas l’histoire propre à une personne mais un ensemble de rencontres, d’expériences et de voyages au sens large du terme qui sont racontés en photos. C’est un dialogue avec l’environnement, la personne que je photographie et moi-même; une sorte de lien, de connexion qui s’établit et qui laisse place à la création. C’est donc une histoire qui s’écrit en court de route, l’expression peut-être d’une nostalgie, d’un conflit entre le monde d’aujourd’hui et les valeurs humaines. La photographie est aussi inévitablement pour moi, une façon de faire voyager celui qui regarde l’image, dans mon univers, ma perception du monde.

O.: Quelles techniques utilises-tu ?​

J.G.: La technique du HDR, les expositions multiples, le flash cobra à éclairs multiples ou en mode REAR, le flou, les longs temps de pose, l’éclairage à la lampe de poche, les projections,…

O.: Si tu devais choisir entre la couleur et le noir & blanc, que ferais-tu et pourquoi?

J.G.: Je suis assez partagée. Autrefois, j’aurais répondu sans hésitation le noir & blanc car il donne plus de caractère, de force aux portraits et permet d’aller à l’essentiel. Aujourd’hui, j’aurais tendance à répondre la couleur car elle élargit le champ des possibles en matière d’univers surréalistes.

O.: Où puises-tu ton inspiration?

J.G.: Beaucoup de choses autour de moi m’inspirent. Je puise surtout mes idées dans le cinéma, les rêves, la musique, les rencontres, les expériences de vie, la peinture, les voyages, les promenades, les souvenirs, les pensées,…

O.: Qu’aimes-tu faire pour te relaxer après une journée de travail?​

J.G.: La meilleure façon pour moi d’évacuer le stress après une journée de travail, c’est d’effectuer une activité sportive ou écouter de la musique et me détendre.

O.: Comment trouves-tu le titre d’une œuvre, est-ce important?

J.G.: Je projette chaque photo à l’écran et note sur une feuille de papier toutes les idées qui me passent par la tête sous forme de carte mentale ou de brainstorming. Il m’arrive aussi qu’en visualisant mes photos, je fasse directement un lien avec une chanson ou un film.

O.: Quels sont les thèmes majeurs que tu explores dans ton travail?

J.G.: La peur, le mal être, la disparition, l’apocalypse, la mélancolie, la nostalgie, les passions, le moi en souffrance, la nature, la solitude, le voyage, la spiritualité, la perte des valeurs,…

O.: Tu te souviens de ta première création?

J.G.: « Cessation » : il s’agit d’une série de portraits en noir et blanc qui traite l’étouffement, les angoisses, l’abîme de l’homme. Les modèles sont emballés dans du cellophane.
Cette série a trouvé son inspiration à la suite d’un documentaire sur Joël-Peter Witkin dont le travail m’avait profondément interpelée. A l’époque, j’étais toujours étudiante à Saint-Luc et étais à la recherche d’un style qui m’était propre…
Elle aura dès lors été un élément moteur dans mon travail photographique car autrefois, je disposais de très peu de moyens techniques et n’avais pas encore de patte personnelle. A partir de cette série, sont alors nées une séries d’expérimentations photographiques…
https://www.jennygutmann.net/cessation

O.: Quelle est la première chose que tu fais au réveil?​

J.G.: Remettre mon réveil à plus tard – rajouter des rappels d’alarmes. Au bout de quelques sonneries pas très agréables, je débute enfin ma journée par un bon petit déjeuner!

O.: Quel est ton artiste favori en ce moment, pourquoi?​

J.G.: J’apprécie beaucoup le travail de Martin Stranka qui nous offre un univers partagé entre fiction et réalité… plein de poésie, de pureté, de douceur… aux composition surréalistes.

O.: Comment es-tu venue au digital art, au graphisme?​

J.G.: Lorsque j’étais en rhéto, j’avais dû réaliser un travail sur un artiste en vue de créer un abécédaire et une œuvre originale. Déjà fascinée par les arts au sens général et la photographie à l’époque, j’ai contacté Alain Janssens, photographe et professeur à Saint-Luc afin de mener une interview. Son travail et son rapport avec la lumière m’intéressaient beaucoup. 
Cette rencontre très riche m’a alors poussée à m’inscrire quelques mois plus tard à Saint-Luc…

O.: Tu es plutôt ville ou campagne et en quoi cela contribue (ou pas) à ton travail artistique?

J.G.: Je préfère la campagne. J’aime le silence et le calme, me balader dans la nature, l’atmosphère entre les gens est plus conviviale,… Je vis à la campagne et les paysages qui s’offrent à moi sont splendides et variés. Ils constituent pour moi une grande source d’inspiration dans mon travail photographique. Je me sens beaucoup plus sereine, ressourcée dans la nature qu’en ville… La plupart de mes photos sont réalisées en extérieur, en pleine nature: des portraits au bord de lacs, des expositions multiples mêlant matières et visages, des couchers de soleil dans les fagnes, des dunes de sable, des paysages rocheux,…

Merci à Jenny Gutmann pour ce partage autour de la vie de photographe!
Découvrez deux de ses séries en vente sur notre plateforme:
Mélancholia – La bile noire et Mélancholia – La renaissance

 

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