GILLES CRAMPES
ENTRE QUATRE MURS ET GRANDS ESPACES
La notion d’espace est pleinement exprimée dans cette série qui mêle paysages et architecture. Mais au delà des apparences et comme dans tout le travail de Gilles Crampes, c’est bien de l’homme qu’il s’agit: errant dans l’immensité des villes ou des paysages, par les traces qu’il laisse ou qui dénotent de sa présence, l’humain est perdu et en quête de repères. Témoin de sa propre condition, en errance ou dans des tentatives de prises de contrôle, l’homme est surtout face à la fugacité de son existence devenue presque dérisoire.
Ces images ont pour dénominateur commun cet enseignement: l’humilité obligée face à la grandeur de la nature et au temps qui passe. Pour preuve; la série Waterfront qui ne parle de l’humanité que par un simple point de vue: celui qu’eut Magellan il y a 500 ans; celui d’un paysage incarné par des peuplades aujourd’hui anéanties, lequel, par ses dimensions, impose ses dimensions de cadre au photographe.
Seules la lumière et la météo changeantes expriment alors les drames qui se jouèrent et rendent hommage aux hommes vrais (explorateurs comme autochtones) et à une nature souveraine.

PARIS BY NIGHT
Sept années à arpenter les trottoirs et les alcôves de Pigalle, ce lieu mythique qui inventa l’effeuillage et les boîtes de jazz, ce quartier de bohème et de fréquentations illustres comme douteuses, ce phare multicolore qui attire inexorablement les papillons de nuit frémissant d’un frisson érotique. Sept années à partager la vie et les confidences de créatures noctambules et tellement humaines, à effacer les couleurs des néons pour mieux aborder une réalité sociale nimbée d’une sensualité omniprésente et cachée derrière l’exubérance des vitrines aguicheuses.
Sept années à se faire accepter dans un quartier interdit aux photographes.
Et au bout de sept années: le constat d’un monde qui s’écroule, d’un quartier qui mute, de la fin d’une époque.
L’âge de raison… une raison d’arrêter.
Gilles Crampes est certainement devenu dès lors le photographe de Pigalle et le dernier témoin de son effervescente vie.
En 2016, lors d’un passage fortuit dans un ancien cabaret mythique qui vient de ré-ouvrir, Gilles tombe sous le charme du lieu: Mme Arthur est « un bourgeon sur l’arbre mort qu’est devenu Pigalle ».  Le milieu interlope qui évolue dans le charme néo-rétro du lieu est la résurrection des nuits folles d’antan; pendant trois mois, le photographe va s’immerger pour en capter l’âme.